-Nos périples-Tibet-Chine

7 jours au Tibet…

7 jours au Tibet…

Période du 24 mai au 12 juin 2025...

Quand le destin choisit pour nous…

Nous devions passer par la frontière de Wagah, en Inde, pour rejoindre le Pakistan. Tout était planifié. Mais le 22 mai, un événement tragique vient bouleverser l’itinéraire : une attaque visant des touristes dans la région du Cachemire provoque la fermeture immédiate de la frontière. Le passage devient impossible. Infranchissable.

Alors, le voyage bifurque…

Il ne nous reste qu’une seule option terrestre : repartir vers le Népal, entrer au Tibet puis traverser la Chine. Une route imprévue. Un détour immense de 5000kms. Un changement que nous n’avions pas anticipé dans notre plan initial, mais aussi une chance inattendue qui s’ouvre à nous.

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés propulsés au cœur du Toit du Monde…

1. Rasuwagadhi, une frontière entre deux mondes.

Nous avions quitté Katmandou trois jours avant notre entrée prévue au Tibet, le 24 mai

Durant ces quelques jours, le groupe, qui doit passer avec nous, se forme naturellement. Certains visages nous sont familiers, rencontrés en Inde ou au Népal

Le 24 au matin, nous y sommes, nous devons rencontrer notre guide, seul sésame possible pour entrer au Tibet

Côté népalais, une simple guérite, presque discrète, avec quelques barrières en fer et des militaires en demi-sommeil. Côté chinois, un bâtiment surdimensionné, massif, froid, bardé de caméras, de grilles, d’uniformes. D’un côté, la souplesse poussiéreuse de l’Asie du Sud, de l’autre, une organisation rigide, nette, impersonnelle. Un mur administratif.

Nos vans sont fouillés minutieusement. Les douaniers chinois inspectent chaque recoin, ouvrent les placards, les sacs, passent les mains sous les sièges. Tout ce qui est jugé suspect ou interdit est confisqué sans discussion : cartes géographiques non officielles, livres mentionnant le Tibet, photos jugées sensibles… Certains perdent plus que prévu.

Les passeports sont vérifiés, les visages photographiés.

Puis la frontière est franchie. Le paysage ne change presque pas, mais l’atmosphère, si. Les panneaux sont en chinois, les visages fermés, l’ordre plus strict.

Nous sommes au Tibet.

2. En route vers Lhassa, le souffle coupé par l'himalaya.

Notre première étape au Tibet est Gyirong, une petite ville nichée à flanc de montagne. C’est notre premier vrai contact avec ce nouveau monde. Les enseignes sont en chinois, l’ambiance a changé, mais l’accueil reste discret.

En chemin, un détail nous frappe : les caméras de surveillance sont omniprésentes, installées à intervalles réguliers tous les 50 mètres. Une présence omniprésente, qui nous rappelle que nous venons d’entrer dans un espace hautement contrôlé.

On savoure notre premier repas chinois, accompagné de la première bière locale. Rien d’exceptionnel, mais tout semble nouveau, différent. L’impression d’avoir déjà quitté une autre planète, alors que le Népal n’est qu’à quelques heures derrière nous.

Le lendemain matin la route s’ouvre sur les montagnes enneigées de l’Himalaya. Elles nous entourent, immenses, presque irréelles.

Au lac Pai-ku Tso, à 4590 mètres d’altitude, nous faisons une pause. Un immense lac salé, bleu profond, entouré de cimes glacées.

Mais la haute altitude commence à se faire sentir. Notre véhicule montre des signes de faiblesse. Rien de grave, mais il faut surveiller. Pour Olga et Thierry, en revanche, la situation est plus sérieuse : une durite de leur van lâche.

Heureusement, dans ce groupe, certains s’y connaissent en mécanique. On se met à plusieurs autour du moteur, les mains dans l’huile, les idées en commun. Trois heures de réparation et ici, même la respiration devient un effort.

On reprend la route, un peu fatigués, mais soulagés. Et en fin de journée, on atteint notre spot. L’étape a été longue, mais l’ambiance reste bonne. On se dit qu’on a de la chance d’être avec un groupe aussi soudé.

Après une nuit difficile à plus de 4300 mètres, marquée par un sommeil léger et quelques maux de tête, nous nous réveillons sous un ciel presque sans nuages.

Nous faisons un détour matinal pour admirer le mont Everest. La vue est claire, dégagée, on reste là, en silence, devant cette montagne mythique. On la regarde comme on regarde un monument sacré. Ces instants suspendus, on les savoure et resteront gravés en nous.

Puis, il faut repartir. Direction Shigatsé, deuxième plus grande ville du Tibet. Sur la route, un col à 5300 mètres nous attend. Une ascension lente, éprouvante, qui pousse notre fourgon presque à sa limite. Mais cette fois, tout le monde franchit le col sans incident.

Mais le spectacle n’en fini pas, le paysage nous coupe encore le souffle. Un rêve inoubliable…

À Shigatsé, nous restons deux nuits dans un hôtel, comme souvent imposé par les autorités chinoises : au Tibet, il est interdit de dormir n’importe où, et chaque hébergement doit être validé. Le confort et l’immense buffet du petit-déjeuner redonne le sourire à tout le monde

Pendant que Xavier passe la matinée au poste de police pour obtenir tous les documents nécessaires pour continuer vers Lhassa, Petra se repose. La fatigue s’accumule.

En visitant la ville, nous découvrons le premier vrai visage du Tibet : des personnes souriantes, des traditions intactes, une authenticité qui touche profondément.

Lhassa se rapproche.

3. Lhassa, la tendresse d'un peuple.

L’arrivée à Lhassa nous frappe d’emblée : la ville est moderne, structurée, presque impersonnelle. Les grandes artères, les bâtiments récents, les enseignes lumineuses en chinois… tout donne une impression d’une ville sous contrôle, intégrée de force dans un autre récit.

En filigrane, on sent la présence chinoise partout : caméras omniprésentes, forces de l’ordre visibles ou en retrait, postes de contrôle à chaque carrefour.

Et pourtant… Lhassa reste Lhassa.

Nous passons deux jours dans la ville. Le temps de visiter l’incontournable Potala, l’ancienne résidence du Dalaï Lama. L’imposante silhouette du palais, juchée sur sa colline, domine la ville, temoin silencieux d’un autre temps. Le lieu est magnifique, chargé d’histoire, mais il est aussi un rappel brutal de ce qui a été perdu.

Mais c’est dans la vieille ville que nous avons ressenti le plus d’émotions. Dès que nous pénétrons dans le dédale des ruelles autour du Jokhang, l’ambiance change. Les pèlerins tournent en silence, les mains sur leurs moulins à prières. L’odeur de l’encens flotte dans l’air.

Et surtout, il y a les Tibétains. Une chaleur immédiate. Il suffit de leur sourire pour qu’un lien se crée. Un regard. Un retour de sourire. Et parfois, ce geste si particulier : ils nous tirent la langue. Un geste ancestral, hérité d’une vieille croyance qui voulait prouver qu’on n’était pas un démon. Aujourd’hui, c’est une manière de souhaiter la bienvenue, une forme de respect. Et ce petit signe nous touche profondément. Il dit beaucoup, sans un mot.

Ce contraste nous bouleverse. Entre contrôle et ferveur, entre oppression et chaleur humaine. On aurait voulu y rester un peu plus. Ne serait-ce que pour laisser ces sensations contradictoires se déposer, pour comprendre un peu mieux ce lieu qui ne ressemble à aucun autre.

Après Lhassa nos chemins se séparent…

Ce matin, l’ambiance est différente. Après plusieurs jours partagés sur les routes du Tibet, nous devons dire au revoir à la majorité du groupe. Eux continuent vers le Laos, nous partons en direction du Kazakhstan. Les au revoir sont difficiles. Un vrai regret de les quitter, après tant de moments vécus ensemble.

Nous ne sommes plus que trois véhicules, et une longue journée nous attend.
Nous partons à 9h du matin. La route est vaste, presque vide. Jusqu’au bout de la journée, nous roulons sans relâche. Ce n’est qu’à 21h30 que nous atteignons enfin notre étape.

Heureusement, la première partie du trajet est spectaculaire. La route longe encore les contreforts de l’Himalaya, que nous voyons peu à peu s’éloigner. On regarde, on savoure. On sait que bientôt, ces montagnes ne seront plus que derrière nous.

Puis vient un changement de décor. Nous entrons dans un haut plateau immense, à près de 4600 mètres d’altitude. Le paysage devient minéral, vaste, silencieux. Peu de vie, peu de villages, mais une sorte de grandeur désolée qui impressionne.

Cette étape marque un tournant : le Tibet derrière, la Chine devant.

4. L'enfer sur terre, entre boue et altitude.

Aujourd’hui, nous n’atteindrons pas la destination prévue.

La G109, que nous empruntons depuis le matin, se révèle être une route cauchemar : une grande partie du parcours est en travaux, remplacée par des pistes défoncées, parfois recouvertes de neige. La chaussée se transforme vite en véritable bain de boue.

Nous roulons tous les jours entre 4700 et 5200 mètres d’altitude, ce qui n’aide ni les véhicules ni les organismes déjà fatigués. Personne n’arrive vraiment à dormir et cette altitude constante commence à peser.

Comme il n’y a pratiquement aucune possibilité de quitter la route pour s’arrêter, nous saisissons les rares sorties pour mettre fin à ces journées frustrantes.

Le troisième soir, un bouchon annoncé quelques kilomètres plus loin nous conforte dans notre décision. Et nous avons bien fait de nous arrêter, car une tempête de neige s’abat peu après.
On se dit qu’on fera mieux le lendemain, en repartant tôt, à 6h15.

L’idée de partir à 6h15 n’était pas mauvaise.
Mais ce que nous n’avions pas prévu, c’est que la route serait totalement bloquée par les camions au petit matin. Pas de stationnements ici : les conducteurs s’arrêtent et dorment sur place, là où ils peuvent. Les dix premiers kilomètres nous prennent plus de trois heures.

La route semble interminable… Vitesse moyenne : 20 km/h. Il nous faudra quatre jours d’efforts intenses pour atteindre Golmud, en endurant 500 km d’un calvaire ininterrompu. L’altitude, le froid et l’usure permanente finissent par entamer le moral autant que les machines.

5. Traversée finale, désert, fatigue et espoir.

Nous quittons enfin les hauts plateaux, lentement, les chiffres baissent. Nous redescendons à 2800 mètres, et avec eux, la respiration devient plus facile.

Nous arrivons à Golmud, ville de la province de Qinghai. Le contraste est saisissant : entre immensité silencieuse du plateau et ville moderne.

À notre arrivée, quelques complications surgissent : la réservation de l’hôtel d’origine pose problème, et surtout, notre guide nous avait quitté au plus mauvais moment trois jours auparavant, sans transition, laissant un vide logistique et une frustration totale.

Pour compenser les erreurs du guide, sa société nous offre une nuit dans un hôtel de luxe. Surprise inattendue mais bienvenue, après tous les bivouacs de fortune, sur des terrains hostiles, froids et rarement choisis.

Le soir, enfin, nous célébrons. La fin de cette section du voyage, le retour à un peu de confort… et surtout, l’anniversaire de Petra.

Dans un restaurant local typique, on trinque, on rit, on relâche. L’altitude est redevenue humaine, et nous aussi.

Après Golmud, la Chine change de visage.

Le bassin de Qaidam s’étale devant nous, désert de sel et de vent, sans ombre ni répit. L’Himalaya est derrière, mais le corps n’a pas le temps de se remettre : l’altitude laisse place à une chaleur sèche et brutale. 

À Dunhuang, un souffle de vie : verdure, animation, barbecue. Une soirée qui ressemble à des vacances. Mais très vite, la route reprend.

À Hami, il fait plus de 40°C. Trois jours plus tôt, on grelottait encore.

Gobi, encore 400 km de ligne droite à travers cet immense  désert aride. Péages, contrôles, travaux… Tout casse le rythme.

Turpan nous accueille avec ses vignes et ses séchoirs à raisins, au cœur d’un désert étouffant. La chaleur devient irréelle. Une tempête de sable s’ajoute à l’épreuve.

À Kui Tun Shi, nouvelle tuile : notre batterie est morte, il faut la remplacer. Mais plus inquiétant encore, des bruits apparaissent dans le moteur. Le van nous parle, et il dit que ça suffit. On ralentit. Par précaution, on ne roule plus qu’à 70-80 km/h. Il est temps d’atteindre le Kazakhstan, de réviser sérieusement, et surtout, de souffler.

Nous approchons de la frontière, mais nous sommes encore en Chine. Une Chine totalement différente. Ici, tout évoque déjà le Kazakhstan : des vallées ouvertes, de la verdure, des paysages plus doux, une transition presque silencieuse entre deux mondes.

Horgos marque la dernière grande étape avant le passage officiel. Ce soir-là, Nancy, notre compagne de route, nous invite pour dîner ensemble. Elle voyage seule avec ses deux filles, et ce moment partagé devient un bel instant d’humanité et de reconnaissance, après 19 jours à travers les hauts plateaux, les déserts, les tempêtes et les routes improbables.

Elle nous remercie simplement, mais avec beaucoup d’émotion, pour l’entraide, la solidarité et cette façon d’être là les uns pour les autres .

Le voyage n’est pas encore terminé, mais le plus dur est derrière nous.

La frontière sonne comme une promesse de sortie… mais la réalité est moins simple.

Le passage est aussi administratif et lourd que celui du premier jour, lors de notre entrée au Tibet. Cette fois, pas de guide pour nous accompagner, seulement un petit papier donné par un intermédiaire, censé faciliter la traversée.

En réalité, il nous faudra plusieurs heures pour franchir cette dernière porte. Contrôles, attentes, documents, fouilles. Une dernière dose de patience, avant de retrouver un souffle de liberté de l’autre côté.

19 jours…

19 jours à traverser l’un des parcours les plus extrêmes de notre voyage : du Népal au Kazakhstan, en passant par le Tibet, les hauts plateaux et les déserts chinois.

Ce fut souvent pénible, avec l’altitude, les pistes de boue, les véhicules poussés à leurs limites, et la fatigue s’accumulant.

Mais ce fut aussi incroyablement beau. L’Himalaya, les lacs, les visages tibétains, des villes jadis impénétrables et les silences de haute altitude.

Un voyage qui marque. Un voyage qui reste.

Nous savons aujourd’hui que nous n’avons pas pu profiter de tout ce que la deuxième partie de la Chine pouvait offrir. Pourtant, c’était un tronçon de la route de la soie. L’épuisement, la dégradation des routes et les dégâts sur nos véhicules nous ont poussés à traverser plus vite, parfois à contrecœur.

Mais cette traversée, aussi difficile qu’elle fut, restera comme une des plus fortes expériences de notre itinéraire.

Peut-être que l’on y repensera, plus tard, différemment. Mais aujourd’hui, on sait qu’on l’a fait. Et ça, c’est déjà une belle trace laissée derrière nous …

« Un immense merci à tout le groupe pour toutes les photos partagées – elles prolongent le voyage, ravivent les souvenirs et rendent cette aventure encore plus belle. »

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2 comments

  1. Wow wow wow!!!
    Richtig schöner Artikel und eine tolle Zusammenfassung eurer Reise durch Tibet und China. Da habt ihr echt was erlebt. Da läuft es bislang bei mir doch etwas entspannter 🙂
    Die Fotos sind auch sehr beeindruckend. Danke für diesen Blog!
    Weiter so Ihr Lieben und vielleicht bis baaaaald
    Daniel

    1. Danke für deine netten Worte, Daniel!
      Ja,du hast wahrscheinlich eine ganz andere Reise durch China erlebt. Wäre zu schön wenn ein Wiedersehen noch hier in Kirghizistan klappen würde. Die auf jeden Fall ein schönes Erleben der Natur!

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