-Nos périples-Inde

Roadtrip dans l’Himalaya

Roadtrip dans l’Himalaya

Période du 08 juillet au 30 juillet 2024...

Le moment est enfin arrivé : nous allons franchir le pas vers l’Inde et nous plonger dans ce nouveau monde. Après tant de mois passés dans les pays musulmans, l’excitation se fait sentir à chaque pas. Il nous tarde d’explorer cet immense pays aux mille visages et de découvrir sa diversité culturelle si riche et colorée, qui promet de nous surprendre à chaque instant.

1. Wagah border, une frontière sous tension.

C’est un moment très particulier pour nous : nous allons traverser l’unique frontière terrestre entre le Pakistan et l’Inde. Le passage se situe au village de Wagah, sur la ligne de démarcation qui a séparé les deux pays lors de la partition des Indes en 1947.

Pour faciliter la surveillance et empêcher l’introduction d’armes, de munitions ou de combattants, l’Inde a installé des projecteurs tout le long de cette frontière, qui s’étend sur plus de 2 900 km. C’est d’ailleurs l’une des trois seules frontières au monde visibles depuis l’espace.

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, ce passage de frontière a été l’un des plus rapides et surtout le mieux organisé depuis le début de notre périple. Nous sommes escortés jusqu’à la grille qui sépare les deux pays. Quelle émotion ! Nous sommes au milieu de l’arène où se déroulera quelques heures plus tard la fameuse cérémonie de fermeture des grilles (j’en reparle plus bas).

Sous le regard de Gandhi, nous franchissons la partie indienne et sommes escortés par un militaire qui ne nous quittera plus jusqu’à la fin des formalités. Toujours très poli et courtois, chaque préposé s’occupe de nos visas, du CPD et des carnets de vaccination. Jamais ils n’omettent un “Sir” ou “Madam” avant de s’adresser à nous, le tout avec le sourire.

Nous faisons la connaissance de deux touristes à vélo et d’une backpacker qui effectuent les formalités de douane avec nous. Comme le passage fut rapide, nous avons le temps de nous diriger vers un petit restaurant et d’attendre l’heure de la cérémonie, en dégustant nos premiers plats indiens.

A la frontière de Wagah, une étrange parade se déroule tous les soirs depuis 1959.

Imaginez-vous, vous retrouvez dans un poste frontière équipé de part et d’autre de gradins accueillant une foule de spectateurs en délire. La cérémonie débute à 18h mais l’engouement est tel que les personnes affluent vers 16h30 et c’est un show avant le show qui s’installe. Les gens dansent, chantent, le tout accompagné par d’énormes haut-parleurs qui diffusent des airs de Bollywood très célèbres ici. Pour maintenir l’ambiance déjà survoltée, un chauffeur de salle se charge de surexciter la foule.

Au moment où les soldats rentrent dans l’arène, le public est à son comble et on peut entendre des « Hindustan Zinbadad » « longue vie à l’Inde » qui décuple encore plus leur fierté patriotique. C’est pendant presque 45 minutes qu’une quinzaine de soldats en tenue de parade commencent un show. Tels de vrais coqs afin d’intimider le pays d’en face. Torses bombés, sourcils froncés et c’est à grands coups de bottes et de garde à vous que les soldats s’exécutent reproduisant à l’identique les mêmes gestes tant côté indien que pakistanais.

Pour clore la cérémonie, une poignée de main rapide est échangée entre un garde indien et un garde pakistanais. Lentement, les drapeaux descendent, parfaitement synchronisés, veillant à rester toujours au même niveau, puis sont décrochés et pliés avec une précision militaire. Les portails se referment.

C’est officiel : la frontière est fermée et ne rouvrira qu’à l’aube.

Quel spectacle magnifique. Mais derrière l’ambiance festive et les cris de la foule, cette mise en scène théâtrale reste pourtant le symbole d’une rivalité bien réelle entre deux frères ennemis.

2. Daramsalah, entre Inde et Tibet.

À cette période de l’année, la chaleur étouffante et la mousson ont eu raison de nous. Nous décidons donc de garder Amritsar et son mythique Temple d’Or pour plus tard. Cette fois, cap au nord, en quête d’un peu de fraîcheur et d’air pur.

C’est à McLeod Ganj, un quartier perché au-dessus de Dharamsala, que nous choisissons de poser nos roues. Au cœur de l’Himalaya, dans l’Himachal Pradesh, cette petite ville accrochée à la montagne est surnommée le « petit Lhassa », refuge du dalaï-lama et d’une importante communauté tibétaine en exil.

Le trajet pour y arriver nous offre une bonne montée d’adrénaline. Sous la pluie battante de la mousson, Google Maps nous entraîne dans un dédale de ruelles étroites et pentues. Pour couronner le tout, une voiture surgit face à nous dans une voie à sens unique. Manœuvres au millimètre, embrayage capricieux, souffle retenu… mais nous finissons par nous extirper de ce chaos et atteignons enfin notre havre de paix au pied de l’Himalaya.

Très vite, nous nous laissons gagner par la sérénité du lieu. Entre nature luxuriante et culture tibétaine omniprésente, tout semble inviter au calme. Nous enchaînons temples, marche de la Kora, balades en forêt et, bien sûr, dégustations de délicieux plats tibétains.

Ici, les singes font partie du décor. On les croise partout, comme des voisins un peu envahissants. Des grilles et des gardiens tentent de les tenir à distance, car ils n’hésitent pas à chaparder au passage. Derrière leurs airs malicieux, cela reste des animaux sauvages : on observe, mais on garde nos distances.

3. Spiti valley, le souffle court.

Nous reprenons la route avec un peu de regrets, mais nous savons que le meilleur reste à venir. Direction la vallée de Spiti, réputée pour ses paysages bruts et son riche patrimoine culturel. Sans le savoir encore, nous nous apprêtons à vivre l’une des plus belles étapes de notre voyage.

Deux jours seront nécessaires pour rejoindre Manali. En chemin, plantations de thé à perte de vue et temples colorés ponctuent la route. Mais la conduite devient plus sportive : rouler à gauche sur des routes à peine plus larges que le fourgon, enchaîner les virages serrés, croiser des camions lancés à toute allure… Depuis l’épisode de McLeod Ganj, nous redoublons de prudence et réfléchissons à deux fois avant chaque détour.

Le monastère de Baijnath.

Le vieux Manali est charmant, avec ses ruelles en bois et ses cafés bohèmes, mais beaucoup trop touristique pour nous. Après une courte visite, nous filons déjà plus au nord.

Au pied du tunnel Atal, un policier nous arrête : réservoir plein ? réserves d’essence ? La question nous intrigue. Quelques kilomètres plus loin, premier checkpoint : route fermée. Voulant aller à Kasa, le policier nous renvoie vers une piste qui ressemble davantage à un lit de rivière qu’à une route.

Sur la carte, cela paraît pourtant simple et nous pensons que la route goudronnée reprendra bientôt. En réalité, c’est tout l’inverse. Les estimations de temps deviennent absurdes. Les 80 premiers kilomètres se transforment en épreuve : 10 km/h de moyenne, des dizaines de rivières à traverser, des secousses sans fin. Nous avançons, lentement, très lentement.

Avec le recul, heureusement que nous ne savions pas ce qui nous attendait. Nous aurions sûrement renoncé. Et nous serions passés à côté de quelque chose d’unique… Ces journées resteront parmi les plus fortes et les plus marquantes de tout notre voyage.

Le col de Kunzum à 4500m.

Le jour de mon anniversaire nous nous arrêtons à plus de 3900 mètres pour passer la nuit en face de spectaculaires formations rocheuses naturelles.

Après une nuit difficile, Petra commence à ressentir les effets de l’altitude. Nous rejoignons donc Kaza pour obtenir notre permis. La région est étroitement surveillée : nous longeons la frontière tibétaine.

Une fois les formalités réglées, nous repartons, les routes redeviennent asphaltées et les paysages s’ouvrent enfin devant nous. Puis apparaît le pont de Chicham, vertigineux, qui se trouve être le plus haut de l’Inde, suspendu à 150 mètres au-dessus du vide. À plus de 4 100 mètres d’altitude, la sensation est saisissante.

A droite le monastèrede Key.

Nos permis en poche, nous pénétrons dans un autre monde. Depuis le tunnel, nous n’avons presque plus l’impression d’être en Inde. Stupas, drapeaux de prière colorés et monastères perchés ponctuent chaque virage : ici, la culture bouddhiste est partout.

À Tabo, un monastère vieux de plus de mille ans est toujours en activité. Sa beauté restera gravée dans nos souvenirs, car les photos y sont interdites.

Le monastère de Tabo.

En revoyant ces images aujourd’hui, je réalise à quel point nous avons eu de la chance. Rouler sur ces pistes entre 3 500 et 4 500 mètres d’altitude, au cœur de l’Himalaya indien, relève presque du privilège.

Le village de Gue abrite même la momie d’un moine vieille de 500 ans, découverte après un tremblement de terre. Une visite aussi surprenante qu’inattendue.

Le monastère de Gue.

La route devient ensuite longue et monotone. Les villages s’accrochent aux falaises, rendant chaque arrêt compliqué. Nous préférons continuer jusqu’à Kalpa, où nous découvrons d’autres monastères, différents, mais tout aussi fascinants.

 

À Kalpa, des monastères d’un autre genre.

Au détour d’un virage, un énorme fracas retentit. Une chute de rochers se produit juste devant nous, sur le bas-côté de la route. Réflexe immédiat : marche arrière. Nous observons alors les pierres et la poussière dévaler la pente. Plus de peur que de mal, heureusement.

Le soir, la journée prend une toute autre tournure lorsque nous rencontrons Pooja, qui nous invite à dîner avec sa famille dans son village. Une rencontre simple, chaleureuse, inoubliable…

Pooja et sa famille.

4. Shimla, un héritage coloniale.

La magnifique aventure dans la Spiti Valley touche maintenant à sa fin. Il nous reste néanmoins une dernière ville à découvrir avant notre pause en Europe : Shimla, l’ancienne capitale d’été de l’Inde britannique.

Encore une ville qui nous surprend et nous captive, avec ce mélange unique d’architecture coloniale et de ruelles typiquement indiennes. Nous n’y restons qu’une journée, mais essayons d’en profiter au maximum. Tout est proche, mais les dénivelés sont impressionnants. Chaque arrêt du fourgon doit être soigneusement réfléchi si l’on veut éviter de trop solliciter nos mollets.

La ville semble accrochée à la montagne, et presque tout le ravitaillement se fait encore à dos d’homme.

Tels des explorateurs en quête du Graal, nous nous perdons volontairement dans ce labyrinthe de ruelles, découvrant à chaque coin de rue de nouveaux étals colorés. Ici, tout se vend, tout se répare, tout vit…

Entre bâtiments néogothiques, maisons à colombages et vieilles bâtisses bourgeoises, Shimla affiche fièrement son héritage colonial. En contrebas, des immeubles semblent s’agripper à la pente, comme s’ils refusaient de glisser dans la vallée.

Poursuivant notre ascension, de plus en plus exigeante à travers la forêt, nous atteignons le temple Jakhu, dédié au dieu Hanuman, où se dresse une immense statue. Malheureusement, le brouillard masque la vue sur la vallée, mais les singes, eux, assurent le spectacle.

Le temple de Jakhu et son imposante statue du dieu Hanuman.

Ce chapitre du nord de l’Inde se referme doucement. Ces journées ont été intenses, imprévisibles, riches en émotions. Nous repartons reconnaissants pour tous ces moments vécus… et pour notre fidèle compagnon à quatre roues, qui ne nous a jamais laissés tomber. Il emporte désormais avec lui quelques drapeaux de prière du col de Kunzum, comme un souvenir de cette aventure hors du temps.

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