Ça y est, il est temps de rouvrir le blog et de reprendre l’écriture. Depuis notre dernier article, nous avons surtout choisi de vivre l’aventure à fond, de profiter de chaque instant sans trop nous poser derrière un écran. Notre escapade dans l’Himalaya nous a complètement happés — mais ça, ce sera pour le prochain récit, direction l’Inde.
En arrivant au Pakistan, notre objectif était clair : explorer le nord du pays et découvrir le Gilgit-Baltistan, cette région mythique entourée de sommets parmi les plus hauts du monde. Par chance, nous avons trouvé un Workaway à Gulmit. Pendant un mois, ce petit village est devenu notre camp de base pour parcourir les vallées alentour et, surtout, partager le quotidien de nos hôtes et nous imprégner d’une culture bien différente du reste du Pakistan
C’est donc avec une certaine émotion que nous entamons ces premières excursions, au cœur d’un territoire spectaculaire où se rencontrent trois géants : le Karakoram au nord, l’Himalaya au sud et l’Hindi-Kush à l’ouest. Un décor grandiose qui annonce déjà la couleur de l’aventure.
1. Le Baltistan, un désert inattendu.
En regardant la carte de plus près, on réalise que le Ladakh, majoritairement indien, ne partage finalement aucune frontière directe avec le Pakistan. Depuis la partition des Indes en 1947, toute cette zone — entre Ladakh et Cachemire — reste un territoire sensible, disputé entre l’Inde, le Pakistan et la Chine. Nous n’avons donc pas pu continuer bien au-delà de Khaplu. Mais au fond, ce n’était pas si grave : nous sommes tombés sous le charme de l’atmosphère paisible de ces vallées.
Skardu:
Nous étions loin d’imaginer tomber sur un désert dans cette partie du monde, surtout après avoir déjà passé tout l’hiver dans la péninsule arabique.
À notre arrivée, le panorama montagneux disparaît presque derrière de violentes rafales de sable. Difficile d’y voir quoi que ce soit. Mais au réveil, le vent est tombé et le décor se dévoile enfin. Cette fois, le contraste nous laisse sans voix : des dunes dorées au premier plan, et juste derrière, des sommets enneigés à perte de vue.
Khaplu:
Puisque nous sommes déjà à Skardu, impossible de ne pas pousser jusqu’à Khaplu, un village aux racines tibétaines.
Cela se reflète à la fois dans l’apparence du peuple, dans l’architecture mais aussi par de magnifiques cultures en terrasse où de nombreux petits cours d’eau sont minutieusement pensés pour que chaque parcelle soit correctement irriguée. Nous avons été fascinés par cette ambiance et par l’hospitalité de ce peuple.
2. Hunza, la vallée des géants.
En remontant encore plus au nord, nous entrons dans une région à part : la vallée de Hunza. Après plusieurs semaines passées dans un pays où les hommes occupent largement l’espace public et où les femmes restent souvent en retrait, le contraste nous frappe immédiatement. Ici, elles sont bien présentes, notamment dans le tourisme, principale source de revenus de la vallée.
La majorité de la population est ismaélienne, une branche de l’islam chiite qui accorde aux femmes une place plus visible dans la société. Le voile y est porté plus librement, et nous les croisons souvent vêtues de la tenue traditionnelle colorée, typique des régions montagneuses du nord.
La seule voie d’accès à cette vallée est la Karakoram Highway. En 2010, un gigantesque éboulement a coupé la route, isolant tous les villages en amont et inondant une grande partie de la vallée. Pendant plus de quatre ans, les habitants sont restés coupés du monde, le ravitaillement ne pouvant se faire que par bateau.
Depuis, un tunnel a été creusé, facilitant l’accès à la région. Mais la route reste fragile et parfois imprévisible, notamment lors des fortes périodes de pluie, fréquentes à certaines saisons.
Gulmit:
C’est ici que nous avons trouvé notre Workaway. Nous y poserons “nos roues” pendant un mois, alternant escapades dans la région et travail dans un magnifique complexe écologique, commencé il y a huit ans par Saira et Faiz.
C’était plein de belles découvertes et une expérience complètement nouvelle pour nous. Notre principal projet : terminer la construction d’une yourte pour la mi-juin et participer à l’entretien quotidien de la propriété.
Passu valley:
Les vallées du nord du Pakistan regorgent de trésors naturels. Malheureusement, sans 4×4, impossible d’explorer chaque recoin. Mais certaines merveilles restent accessibles, et nous profitons de magnifiques randonnées le long des glaciers, traversons d’impressionnants ponts suspendus ou prenons simplement le temps de nous poser pour admirer tout ce que la nature nous offre.
Depuis notre spot de parking, la vue sur les sommets enneigés était tout simplement fantastique. Notre randonnée matinale, totalement improvisée, vers le glacier blanc de Passu nous a coupé le souffle à deux reprises : d’abord par la montée, raide et interminable, puis par le panorama à l’arrivée, absolument incroyable.
Pour Petra, c’était l’heure de relever un nouveau défi : traverser ces impressionnants ponts suspendus. Pour certains, le challenge était particulièrement corsé. Mais mission réussie, avec beaucoup de courage.
Encore une fois, la nature nous rappelle à quel point elle peut être impressionnante, nous offrant des paysages dont on ne se lasse jamais.
3. Gilgit, royaume des hauteurs.
Au moment de repartir, nous en profitons pour visiter trois vallées situées en aval du tunnel.
Hopper Valley
Cette fois, pas de randonnée pour accéder à la vallée, mais plus de deux heures de piste avant d’atteindre le saint graal : un impressionnant glacier noir.
Karimabad:
Pour rejoindre le point de vue d’« Eagle Nest », nous suivons Sultan, un berger de 75 ans, qui nous conduit jusqu’à son palais d’été pour partager une tasse de thé. Là-haut, un panorama fabuleux s’offre à nous, comme un dernier cadeau pour nos derniers jours au Pakistan.
Naltar valley:
Ici, nous avons l’occasion de randonner dans une magnifique vallée et, enfin, de retrouver des forêts que nous n’avions plus vues depuis plus de dix mois. Nous faisons aussi la connaissance de Lovely, une léoparde des neiges de 10 ans, soignée dans un enclos après avoir été retrouvée bébé, incapable de survivre à l’état sauvage. Une créature aussi impressionnante que fascinante…
4. Les « jingle trucks », l'art roulant du Pakistan.
Nous ne pouvions pas terminer cet article sur le Pakistan sans évoquer les célèbres « jingle trucks », un surnom donné par l’armée américaine à cause du cliquetis constant des chaînes et des pendentifs accrochés aux pare-chocs.
Dans les années 1930, les camions Bedford envahissent les routes du pays. À l’origine, chaque entreprise y peignait simplement son logo pour être facilement identifiable. Puis, au fil du temps, les décorations se sont multipliées, jusqu’à recouvrir chaque centimètre de carrosserie. Aujourd’hui, ces camions sont de véritables œuvres d’art roulantes. Plus le design est extravagant, plus il est censé porter chance aux affaires. Certains chauffeurs dépensent jusqu’à deux ans de salaire pour embellir leur véhicule. Une véritable industrie, qui fait désormais vivre plus de 50 000 personnes au Pakistan.
De bas en haut, les camions sont une véritable explosion de couleurs. Les panneaux, richement peints, affichent des mosaïques d’oiseaux, de saints, d’acteurs ou de simples scènes de vie, rappelant le village ou les origines du conducteur.
Il ne s’agit pas seulement de camions : bus, citernes, tuk-tuks, tracteurs et même les chariots de vendeurs sont décorés avec le même soin.
C’est un véritable art populaire ambulant, une galerie sans murs, une exposition libre en perpétuel mouvement.
Nos articles sur le Pakistan touchent à leur fin. Nous y serons restés presque deux mois et demi, le temps de découvrir une facette méconnue de ce pays.
Au-delà de la gentillesse et de l’hospitalité incroyables de ses habitants, leur mode de vie, si différent du nôtre, nous a beaucoup appris sur nous-mêmes. Il nous a rappelé pourquoi nous voyageons : pour garder l’esprit ouvert, pour comprendre, pour nous enrichir de la diversité des peuples et des cultures.
Nous nous souviendrons aussi de cette nature grandiose, de ces vallées immenses et de ces paysages qui nous ont laissés sans voix.
Le Pakistan mérite vraiment qu’on s’y attarde. Ne le voyez pas comme un simple pays de transit vers l’Inde. Prenez le temps de le découvrir.
Fabuleux, très beau