Après avoir traversé plusieurs pays en un temps record ces dernières semaines, nous arrivons enfin dans nos quartiers d’hiver : Oman.
1. Musandam, les fjords d’Arabie.
Pour commencer, nous mettons le cap sur Musandam, une exclave accessible uniquement par les Émirats arabes unis ou par bateau. Dès les premiers kilomètres annoncent la couleur. Ici, tout paraît plus brut, plus simple, plus authentique.
La région n’est pas petite — presque la taille de Majorque — mais elle est surtout composée de fjords spectaculaires et de montagnes arides. En dehors de Khasab, la petite capitale, il n’y a presque rien. Peu de routes, encore moins accessibles sans 4×4. Très vite, nous comprenons qu’avec notre fourgon, l’exploration sera limitée.
Le visa gratuit ne dure que 14 jours et ne permet pas de revenir une fois sorti du territoire. Alors tant pis : on décide de ralentir. De rester. De profiter. Et sans surprise… le temps file à toute vitesse.
Les rares endroits accessibles sont vite repérés. Le premier spot aurait pu être idyllique, niché dans une petite baie au milieu des fjords… si une pelleteuse n’avait pas passé la journée à fracasser des rochers juste à côté de nous.
Après deux nuits, nous changeons d’air et grimpons dans les montagnes, à 1 500 mètres d’altitude. Les pistes sont heureusement en bon état, sinon jamais nous ne pourrions monter ces pentes abruptes.
Nous atteignons un vaste plateau désertique. Ici, le silence est total. Seuls quelques ânes et chèvres viennent troubler notre tranquillité.
À peine le soleil couché, le froid s’installe. À 18 heures, nous sommes déjà réfugiés dans le fourgon. Mais au petit matin, le spectacle efface tout : un lever de soleil doré embrase les montagnes. Difficile de rêver mieux.
De temps en temps, quelques véhicules de touristes passent pour admirer les fossiles et le panorama. Ils ne restent jamais longtemps. Le calme revient vite, ce qui nous laisse le plaisir de revoir nos compagnons à quatres pattes.
Par hasard, nous rencontrons une famille française installée à Mascate. En discutant, ils nous parlent d’une excursion en bateau dans les fjords. L’idée nous plaît immédiatement. Réservation pour le lendemain.
Nous passons la soirée face à la mer, une bière sans alcool à la main — règle locale oblige — à regarder le soleil disparaître derrière les montagnes.
À 9h00 le lendemain, nous embarquons pour un tour en bateau avec un couple britannique vivant à Dubaï et leurs deux enfants. Nous ne sommes que six à bord, accompagnés de deux bateliers attentifs qui prennent soin de nous tout au long de la journée.
Très vite, ils tentent d’attirer des dauphins autour du bateau. Au loin apparaissent ces silhouettes qui percent la surface avant de disparaître dans la mer. Puis progressivement, six ou sept dauphins se mettent à accompagner notre embarcation, sautant et plongeant à nos côtés comme s’ils jouaient avec les vagues que nous créons en avançant.
Nous longeons aussi plusieurs villages de pêcheurs uniquement accessibles par la mer, avant de faire un arrêt près de Telegraph Island, ancienne tentative britannique d’y installer une station télégraphique abandonnée en raison de l’isolement du lieu. À deux reprises durant la journée, nous profitons également de la richesse des fonds marins pour faire un peu de snorkeling au milieu de bancs de poissons multicolores qui évoluent autour de nous dans un silence presque irréel.
Lorsque nous accostons vers 16 heures, nous ressentons simplement cette gratitude discrète qui accompagne les moments de voyage qui restent longtemps en nous, bien après le retour sur la terre ferme.
Même s’il fait doux au bord de la mer, nous retournons dans les montagnes pour nos derniers jours.
Et comme souvent en voyage, le hasard fait bien les choses : nous retrouvons J.B., croisé pour la première fois en Arménie. Le monde est décidément petit.
Grâce à lui, Xavier peut désormais réaliser son rêve de traverser les montagnes jusqu’à l’autre côté de la côte. Avec son camion 4×4, il nous accompagne pour traverser une longue piste de plus de 60 km. Trois heures de route cabossée, de virages serrés et de pentes impressionnantes. Et je remercie Xavier de m’avoir convaincu d’essayer cet itinéraire car ce fut une autre expérience à couper le souffle avec des vues fantastiques, un oued fascinant, des moments passionnants pendant le voyage et sans oublier les rencontres avec les chèvres et les chameaux.
Une traversée intense, mais inoubliable.
Avant même de nous en rendre compte, nos 14 jours sont écoulés. Une dernière nuit face à la mer, dans notre spot favori, puis vient le moment de partir. Et ce n’est pas facile pour nous. Bien sûr, ce n’est pas un endroit où nous voudrions passer des mois car il n’y a pratiquement rien à faire. Ce n’est pas une destination spectaculaire ou remplie d’activités. Et pourtant… nous avons adoré.
Ici, nous avons retrouvé ce que nous aimons le plus en voyage : la simplicité, le calme, l’authenticité. Il y a quelques jours, j’ai lu une phrase appropriée dans un livre : « Musandam est un endroit qu’on ne voit pas seulement comme un étranger : on le ressent. » C’est exactement comme ça.
Nous quittons Musandam apaisés, impatients de découvrir le reste d’Oman.