Période du 21 au 26 avril 2024...
Ça y est nous allons enfin franchir ce pas tant attendu vers l’Asie de l’Est. La première fois nous avions dévié notre itinéraire pour passer l’hiver dans la péninsule arabique et c’est donc pour une seconde fois que nous franchissons les portes de l’Iran pour nous diriger vers l’Est.
Cette fois-ci c’est la situation géopolitique qui nous oblige à accélérer notre passage au Pakistan.
1. Le passage de frontière.
Nous décidons de nous arrêter à une centaine de mètres de la frontière et profiter d’une dernière nuit dans un caravansérail, bien connu des voyageurs, pour nous reposer et surtout bien nous préparer car les jours suivants mettront notre organisme et notre patience à rude épreuve.
C’est donc avec une très grande gentillesse que nous sommes accueilli par Reeze, le responsable des lieux, qui nous demande de mettre notre véhicule dans la cour. Cela contraste un peu car, normalement les véhicules ne rentrent pas et de plus, notre fourgon est vraiment très sale dû aux trois jours de pluie précédents.
Thé, douche, lavage du linge, repas ensemble et même nettoyage de notre fourgon, font de cette journée un moment très agréable.
Sur la route menant à la frontière nous avons rencontrer un couple de motards Hollandais et un cycliste Espagnol. Nous décidons de passer la frontière ensemble car une escorte policière de plusieurs jours nous attend au Balouchistan.
Dimanche midi, c’est parti pour le premier poste de douane, sortie de l’Iran. Nous décidons de prendre Alex, le cycliste avec nous en mettant le vélo sur la galerie.
Cette sortie n’est pas compliquée, nous sommes aidés par un facilitateur, le King of Taftan, et en moins d’une heure nous voici au Pakistan.
De ce côté de la frontière les démarches se font quand même rapidement. Au bout de 30 minutes nous sommes amenés au poste de police des Lévies, nom des policiers qui assurent les escortes des prisonniers et pour la même occasion la nôtre. En fait ce poste de police c’est une prison temporaire pour les détenus en attente de jugement. Nous sommes parqués dans une pièce avec des sanitaires insalubres où ce sera le début de longues attentes durant cette traversée.
Nous sommes au milieu d’un va et vient de gardes et de détenus, quelques fois on se demande même qui est qui car la rigueur vestimentaire des gardes ne laisse rien apparaître quant à leur appartenance aux fameux Lévies.
Ce n’est que trois heures plus tard qu’on nous conduit dans un bureau pour remplir notre précieux CPD. Il ne faut pas croire que c’est rapide car ici je pense que nous allons apprendre la patience, car chaque démarche prend du temps car tout doit être contrôlé par plusieurs chefs avant bien-sûr d’avoir la signature du grand chef, la hiérarchie ici c’est sacrée…
Donc au bout d’une heure trente nous retournons dormir dans notre cellule et on nous annonce que le départ se fera à 8h le lendemain.
2 . Départ pour Quetta sous escorte policière.
La seule frontière possible entre l’Iran et le Pakistan se trouve à Taftan dans la région du Balouchistan. Cette vaste région est partagée entre l’Iran à l’ouest, l’Afghanistan au nord et le Pakistan au sud. Une partie du peuple baloutche revendique son autonomie depuis longtemps et s’oppose régulièrement à l’armée pakistanaise. Pour cette raison tous les étrangers qui passent cette frontière doivent être escortés pour rejoindre Quetta à 650 kms.
Nous devons quand même reconnaître que c’est une sacrée organisation d’escorter tous les véhicules sur cette distance, car ce n’est pas qu’une équipe qui nous amène à Quetta mais environ une trentaine sur des distances pouvant aller de 1km à plus de 50kms. Il nous faudra deux jours pour rejoindre Quetta avec une nuit à Dalbandin.
Nous sommes rejoints par un Afghan, Wahid Shah qui lui aussi arrive d’Iran et qui fait le voyage vers Islamabad, il nous sera très utile car il parle l’anglais et sera notre interprète durant le voyage.
Presque 9h, la ponctualité n’est pas encore très à l’ordre du jour ici, mais ça y est les moteurs tournent, c’est le départ…
La première journée, nous prenons ça avec patience mais j’avoue qu’à la fin du deuxième jour (et ce ne sera que le début) les arrêts tous les kms où l’on doit montrer à chaque fois le passeport, le visa et prendre un selfie mettent notre patience à rude épreuve. Mais enfin, nous arrivons le soir à Quetta, où nous croyons que le plus difficile était passé…
3. Le NOC à Quetta.
Une chose très bizarre, c’est qu’après deux jours d’escorte et plus de 650 kms que nous devons nous rendre dans un bureau de la Police pour établir le NOC (No Objection Circulation) qui est l’autorisation de circuler dans le Balouchistan, mais surtout nous ne verrons jamais ce document. C’est donc encore une fois plusieurs heures d’attente, car il fallait la fameuse signature du supérieur en chef, pour que l’on puisse être autorisé à reprendre la route, mais bien-sûr encore sous escorte.
Seuls deux directions sont possibles, vers Islamabad au Nord et vers Sukkur au sud. Plusieurs voyageurs nous avaient dit que la route vers Sukkur était plus simple car au bout d’une journée d’escorte nous serions libres et pourrions enfin profiter du Pakistan. Nous décidons donc avec les motards de prendre cette route du sud et Alex et Wahid tentent de prendre un bus vers le nord.
C’est donc deux convois qui quittent le poste de police pour rejoindre notre itinéraire. La sortie de Quetta est catastrophique car en plus de la circulation nous sommes obligés de changer d’escorte, des fois même tous les 500 mètres car ils ne peuvent pas sortir de leur arrondissement.
Au bout de deux heures nous revoyons nos deux compagnons de route revenir avec un pickup et sans savoir pourquoi, ils continuent la route avec nous. Alex est même obligé de monter sur son vélo et suivre l’escorte au milieu d’une circulation plus que chaotique.
Encore un arrêt interminable, j’avoue de ma patience est atteinte et ce manque de professionnalisme me fait sortir de mes gonds. Je pars donc voir le responsable en lui disant que j’étais très en colère et qu’il fallait vraiment partir car nous avions encore de la route et que nous ne voulions pas rouler de nuit. Au bout de 10 min Wahid et un policier, partis juste après mon altercation, reviennent avec des sandwichs pour tout le monde. Je comprends vite que cette fois ce n’est pas mon anglais mais surtout ma prononciation qui m’ont joué un quiproquo et donc au lieu de dire en colère « Angry » j’ai dit que j’avais très faim « Hungry ». Nous avons tous bien rit de cette situation et heureusement nous partions en direction du sud.
Malheureusement ce départ tardif nous a contraint de rouler de nuit et c’est vers 23h que nous faisons escale dans un poste de police pour passer la nuit.
4. Sukkur et le zèle de l'administration pakistanaise
Au poste de police de Sibbi, nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de la frontière du Balouchistan et de Sind la nouvelle province où nous devrions quitter notre escorte comme convenu à Quetta. Forcément tout ne se passe pas comme prévu car la région de Sind ne voulant pas avoir de problème décide de continuer l’escorte jusqu’à Sukkur.
Depuis Quetta j’avoue que l’escorte était devenue par moment vraiment très ridicule car c’est souvent que l’on s’est retrouvés seuls avec une mobylette pour nous ouvrir la route et qui plus est roulant à 40 km/h sur des voies rapides.
Arrivés dans l’après-midi avec des températures de plus de 45°, nous décidons de nous poser dans un hôtel où nous pouvons profiter d’une chambre climatisée.
Très bonne soirée avec nos amis motards, Christine et Martijn, avec des petites bières pour célébrer ces 4 jours éprouvants d’escorte, car en effet c’est environ 1000 kms parcourus, plus de 50 changements d’escortes et une température extrême les deux derniers jours. Il faut dire que nous n’avons pas la clim et que les motards ont dû supporter le casque et leur tenue de protection tout le long de ce périple.
5. Sur la route.
Cette aventure extraordinaire que nous avons vécu en groupe restera maintenant un bon souvenir sur le plan humain car c’est ensemble que nous avons réussi à passer tous ces moments difficiles mais aussi d’intenses émotions.
Cette émotion de découvrir un nouveau pays où la culture est si différente et qui tout au long de ces centaines de kilomètres certains paysages ou scènes de vie nous laissaient souvent sans voix.
Pour finir ce chapitre sur notre passage au Balouchistan, le lendemain nous avions interdiction de reprendre la route vers Lahore sans notre escorte. Nous sommes autorisés à ne plus avoir la police que si nous empruntons l’autoroute, mais par malchance pour notre couple d’Hollandais les motos sont interdites sur ces routes c’est donc encore sur plus de 700 kms qu’ils devront supporter les nombreuses relèves pour enfin être libres.
La chose aberrante dans cette histoire c’est que si vous êtes déjà au Pakistan et que vous allés dans cette région vous ne serez jamais contrôlés. Seul le Balouchistan et certaines régions au nord imposent une escorte mais malheureusement le zèle de certains chefs a fait que notre escorte a duré plus que prévu. Au moment où j’écris ces lignes nous sommes déjà en train de découvrir un pays qui nous réserve j’en suis sûr de très belles surprises.
Nous tenons à remercier Christine, Martijn, Alex et Wahid pour ces moments passés ensembles.

Bonne continuation les loulous et profitez bien !
Merci à vous aussi, une belle aventure commence aussi pour vous, bonne route 🙂